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auteurauthor · Souvenirs du conseilMemories of consulting · 25 août 202525 Aug 2025

Et si les consultants devaient vendre ce que les clients achètent vraiment ?What if Consultants Had to Sell What Clients Actually Buy?

Ce que mon mentor avait compris des décennies avant que ChatGPT ne le rende évidentWhat my legendary mentor saw coming decades before ChatGPT made it obvious

lireread· 43 min

Vingt ans de conseil en stratégie, puis dix à construire les technologies qui le bousculent. Je repense aujourd’hui à ces moments décisifs avec des clients, à ces idées trouvées au milieu de la nuit, et je me demande : et si la GenAI avait été là ? Le récit d’un métier en pleine mutation, par quelqu’un qui l’a connu tel qu’il était et voit ce qui arrive.


« Alors, Dominique, on y va ou pas ? »
La question vient d’un vice-président de l’une des trois plus grandes banques d’affaires du monde.
Le « machin » qu’il envisage de racheter : un leader de la distribution de pièces détachées automobiles.
Je suis le chef de mission. Je viens de dérouler 150 slides qui dissèquent l’activité de la cible jusque dans ses moindres recoins, chaque chiffre vérifié au fil de longues nuits, ou, comme aurait dit Dominique, « avec mon propre sang ».

Photo sépia de trois hommes en bras de chemise autour d’un bureau couvert de papiers
Pas Dominique Mars, évidemment

Dominique Mars était l’une des figures les plus charismatiques et les plus accomplies du conseil en stratégie. C’était mon mentor. Travailler à ses côtés sur une due diligence de cet enjeu était un privilège à haut risque : une pression énorme, un apprentissage en accéléré. Il fallait donner le meilleur de soi, et apprendre vite.

La leçon était limpide :
ce que le client avait acheté, c’était la réponse que Dominique allait donner à cette question.
Pas le temps, la rigueur ni les nuits blanches de jeunes consultants brillants tout juste sortis des meilleurs MBA et des grandes écoles.
Pas des benchmarks sectoriels (ils n’existent pas).
Pas l’accès à des méthodologies maison (voyons…).
Pas les 150 slides, ni les dizaines de tableaux de chiffres en annexe.

Ce que le client achetait, c’était le jugement de Dominique.
Le conseiller de confiance par excellence.

Les zélotes de la tech qui annoncent sur LinkedIn la mort du conseil, démos d’outils bricolés de génération de slides à l’appui, censés « tuer le secteur » (sic), feraient bien d’y réfléchir à deux fois.
Ce n’est pas pour des faits alignés sur des slides que les clients paient un cabinet de stratégie.
Ce qu’ils veulent, c’est un jugement : celui d’un conseiller chevronné, en chair et en os, qu’ils peuvent regarder dans les yeux.
Et sur ce terrain, les machines sont encore très loin du compte.

Croire le contraire, c’est imaginer que les dirigeants décident sur des bases purement rationnelles, sans émotion, sans intuition, sans ce « système 1 » qui pense vite et d’instinct.
Vingt ans de conseil en stratégie suffisent pour savoir que ça ne se passe pas du tout comme ça.

Au moment de mesurer ce que la GenAI va changer dans le conseil, les associés peuvent donc se rassurer : leur jugement, forgé par des années d’expérience, restera très recherché.

Le problème, le voici :
le jugement, c’est ce que les clients achètent. Ce n’est pas ce que les consultants vendent.
Ils vendent des heures. Ils vendent des gens intelligents, travailleurs, bien formés.
Ils vendent du travail fait, facturé à prix d’or à la journée.

La GenAI réduit déjà spectaculairement le nombre de jours qu’il faut pour estimer la taille d’un marché, faire la synthèse d’entretiens, mener une analyse qualitative...
Et rien de tout cela ne se passe à huis clos, entre experts triés sur le volet : tout se joue au grand jour, à chaque nouvelle version d’OpenAI ou de Gemini. Vos clients le savent déjà.

Le modèle du tarif journalier a enrichi les associés parce qu’il était imparable :
Voici mon équipe. Elle travaille pour vous (jour et nuit).
Elle va plus vite que vos équipes internes, vous le savez.
Vous louez ce renfort exactement le temps qu’il vous faut.
Faites le calcul : nombre de jours × prix du jour.

L’histoire tenait debout, à la fois comme approximation et comme justification, pour mettre un prix sur la recommandation finale du conseiller. Ce n’est plus le cas.

Ce même modèle est en train de devenir un piège, et on n’en sortira pas facilement.
Car il faut le brio, l’autorité et le charisme d’un Dominique Mars pour annoncer sans ciller : « Voici mes honoraires. Vous payez pour mon jugement. »
Quelques-uns, pas si nombreux, pourront s’abriter derrière une marque forte.
Les autres devront monter en gamme, ou disparaître.

Et un malheur n’arrive jamais seul.
La GenAI va raccourcir le chemin qui mène au statut d’associé et confier le travail des juniors à des agents.
Les jeunes consultants verront donc moins de terrain, et auront moins d’occasions de se forger ce fameux jugement.

La GenAI va ébranler la pyramide du conseil, ses sources de marge, son modèle économique.
Le conseil en stratégie ne va pas mourir demain.
Mais les associés doivent agir, vite et résolument, s’ils veulent prendre cette vague et ressortir de l’écume, pas forcément triomphants, mais vivants.

Au fait, vous voulez savoir ce que Dominique a répondu ?
Avec son inimitable accent gascon et un regard de prédateur : « Hé hé, ça dépend du prix... »
Eh oui. Tout dépend du prix.
Ce fut ma deuxième leçon : l’art de faire rentrer les affaires, à l’état pur.

Et vous, quel a été votre « moment Dominique » ? Ce jour où vous avez compris ce que vos clients vous achetaient vraiment. Et surtout : êtes-vous prêt pour le jour où le modèle du tarif journalier volera en éclats ?

The Dominique Moment

So Dominique, what's it gonna be?

The question comes from a VP at a top-three Global Investment Bank.

The "stuff" he's considering buying: a leading automotive aftermarket distributor.

I'm the case leader, just finishing up presenting 150 slides breaking the target's business down to the smallest detail, each figure vetted through long nights of work—or as Dominique would say, "with my own blood."

Sepia photo of three men in shirtsleeves around a desk covered in papers
Not Dominique Mars, of course

Dominique Mars was one of the most charismatic and accomplished figures in global strategy consulting. He was my mentor. Working by his side on high-stakes projects like this due diligence was a perilous privilege—immense pressure, intense learning at accelerated pace. You had to perform at your very best and learn fast.

What Clients Really Buy (Hint: It's Not the Slides)

The lesson was clear:

Dominique's final answer to that question was what the client had bought.

What the client bought was Dominique's judgment.

Trusted Advisor among Trusted Advisors.

The tech zealots declaring the death of consulting on LinkedIn, backed by demos of clunky slide-automation tools that will "kill the industry" (sic), should reconsider.

The facts on slides are not what strategy clients pay for. What they want is judgment, from a senior human advisor they can look in the eyes. And that's something machines are nowhere near replicating.

To believe otherwise is to assume CXOs make decisions purely on rational grounds, devoid of emotional, intuitive, or system 1 thinking.

Twenty years in strategy consulting tells you that's absolutely not how it works.

So as we map out the impact of GenAI on the consulting industry, partners can rest assured: their judgment, shaped by years of experience, will remain in high demand.

The Daily-Rate Trap

But here's the problem: While judgment is what clients buy, it's not what consultants sell.

They sell hours. They sell smart, hardworking, well-trained people. They sell tasks, performed at high-end daily rates.

GenAI is already slashing the number of days required for market sizing, interview synthesis, qualitative analysis...

And it's not happening behind closed doors accessible only to top-tier experts—it's unfolding in plain sight with each OpenAI and Gemini release. Your clients already know.

The daily-rate model made partners rich because it was so compelling: Here's my team. They work (day and night) for you. They work faster than your internal teams and you know it. You can rent this extra horsepower exactly as long as you need it. So do the math: #days × $/day…

This story worked well, both as a proxy and as a rationalization, for putting a price on the advisor's final recommendation. Not anymore.

Now, that same model is becoming a value trap, and a difficult one to escape.

Because it takes brilliance, authority, and the charisma of a Dominique Mars to say, with a straight face, "This is my fee. You're paying for my judgment."

Some, not so many, will get a little help from a strong brand.

The others will have to level up or disappear.

And when it rains, it pours.

When the Pyramid Crumbles

GenAI will shorten the path to partnership and outsource junior tasks to agents. That means less exposure for consultants—so less opportunity to build that judgment in the first place.

GenAI is set to shake the consulting pyramid, its profit pools, its business model.

Don't expect strategy consulting to die any time soon. But partners need to act, fast and decisively, if they want to ride this wave of disruption and emerge from the foam not triumphant, but alive.

By the way, want to know what Dominique answered?

He replied, with that unmistakable Gascon accent and a predatory look, "He mon ami, ça dépend du prix..."

Yeah. It really does depend on the price.

That was my second lesson: pure rainmaking mastery.

And you, what's your "Dominique moment"? Share a time when you realized what clients were really buying from you. And more importantly, are you ready for when the daily-rate model breaks?

publié d’abord sur The Last Consultant →first published on The Last Consultant →

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