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auteurauthor · Souvenirs du conseilMemories of consulting · 1 oct. 20251 Oct 2025

Votre cabinet a-t-il résolu son problème de mémoire à long terme ?Has Your Consulting Firm Solved Its Long-Term Memory Problem?

Bâtir la mémoire d’un cabinet : des progrès, et encore beaucoup de questionsBuilding a Firm Brain: Progress Made, Problems Still Pending

lireread· 64 min

Vingt ans de conseil en stratégie, puis dix à construire les technologies qui le bousculent. Je repense aujourd’hui à ces moments décisifs avec des clients, à ces idées trouvées au milieu de la nuit, et je me demande : et si la GenAI avait été là ? Le récit d’un métier en pleine mutation, par quelqu’un qui l’a connu tel qu’il était et voit ce qui arrive.


Photo noir et blanc de deux jeunes hommes qui rient à une table de dîner, une bouteille de vin entre eux

Amsterdam, un soir de pluie

Un vol tardif vers Schiphol, la pluie sur le tarmac, et une due diligence sur le saumon fumé qui ne tenait qu’à un fil.
Notre centre de documentation n’avait rien sur le secteur. Des acteurs non cotés, peu d’informations publiques, des données de marché rares. Nous pouvions décliner, au risque de froisser le fonds d’investissement, ou accepter et lancer l’équipe dans trois semaines d’hypothèses fragiles.

Ce soir-là, lors d’une réunion européenne des Principals, la conversation s’est détendue. Un collègue a évoqué une ancienne mission et un détail troublant sur l’alimentation des poissons, qui avait changé sa lecture du secteur. Ce seul souvenir nous a donné l’angle d’attaque. J’ai appelé l’associé. Nous avons pris la mission, et nous avons bien fait.

Aucune procédure ne nous avait sauvés. C’était la chance, une conversation à bâtons rompus et une bonne mémoire, autour d’un verre de vin et d’un plateau de fromages.

Ce que cette soirée a révélé

Pendant des années, les cabinets de conseil ont vanté leur « savoir de classe mondiale » et leurs « benchmarks de référence ». En réalité, ce savoir vivait dans des têtes, des présentations, des mails, des comptes rendus et la mémoire de gens qui passent leur vie dans les avions. Quand ils s’en vont, des secteurs entiers s’effacent en silence de la mémoire du cabinet.

Les clients attendent des bases de données et des benchmarks internes des réponses instantanées. Les bons consultants, eux, apportent du jugement, le sens des analogies et l’art de relier des faits épars pour dessiner un chemin cohérent. Ce qui a toujours manqué, c’est un moyen, à l’échelle du cabinet, de faire fructifier ce jugement dans la durée.

Ce qui change en 2025 : la GenAI

Lilli, l’assistant de McKinsey, traiterait plus de 100 000 documents et serait sollicité 17 fois par semaine par 70 % des collaborateurs. BCG revendique 18 000 GPT internes qui puisent dans les travaux passés. Les cabinets qui investissent sérieusement dans la GenAI ne cherchent pas seulement à gagner en productivité : ils tentent de régler le problème de mémoire qui hante le conseil depuis des décennies.

Mais entre la promesse et la pratique, l’écart reste grand. Les obstacles techniques sont nombreux, et la technologie change presque tous les jours. Bâtir une mémoire collective qui fonctionne vraiment, au-delà des démos spectaculaires, suppose de résoudre des problèmes qui sont loin d’être réglés.

La réalité technique

Sur le papier, c’est séduisant : des systèmes qui lisent tout ce que produit le cabinet (slides, tableurs, PDF, wikis, messageries, code, portails de recherche, enregistrements de réunions) et permettent de le retrouver, sources à l’appui. En pratique, c’est plus brouillon. Vous avez dit RAG ?

Les approches actuelles tentent de combiner recherche sémantique, mots-clés, entités et chronologie, tout en respectant les droits d’accès de chaque projet. Des agents essaient d’enchaîner les étapes d’un vrai travail : rassembler les éléments, arbitrer les contradictions, extraire des tableaux, faire les calculs, vérifier chaque affirmation à la source. Dans les faits, ces systèmes butent souvent sur la précision, les hallucinations et la complexité brute du savoir réel d’un cabinet.

Le casse-tête de l’architecture

Les cabinets les plus avancés expérimentent ce qu’on pourrait appeler une « architecture de mémoire » : des systèmes qui ne se contentent pas de stocker l’information, mais cherchent à relier les idées d’un projet à l’autre, et dans le temps. Le principe tient en trois couches, même si la mise en œuvre s’avère ardue :

Couche 1 : tout capter, en continu
Collecter l’information de façon organisée et systématique paraît simple, jusqu’au premier contact avec la réalité des données d’un cabinet : échanges avec les clients mêlés à la stratégie interne, méthodes maison voisinant avec des études publiques, modèles périmés conservés à côté des réflexions en cours. Tout capter correctement, sans créer un cauchemar de conformité, reste un problème ouvert.

Couche 2 : repérer les analogies, faire les liens
Des agents qui parcourent les bases de connaissances en quête de rapprochements se heurtent à une difficulté de fond : savoir quel contexte leur donner. Quand un laboratoire pharmaceutique bute sur une question réglementaire, le système doit-il faire remonter des solutions venues de l’automobile ? De la banque ? Des rapprochements qui paraissent évidents à un humain se révèlent étonnamment difficiles à automatiser de façon fiable.

Couche 3 : anticiper
L’ambition de systèmes capables d’anticiper les tendances de marché, les besoins des clients et les mouvements des concurrents reste largement un vœu pieux. Passer de la recherche d’information à une véritable capacité de prévision pose des défis techniques considérables, et le risque de prédictions aussi assurées que fausses est élevé.

Sur le terrain

Les pionniers découvrent que bâtir une mémoire collective efficace oblige à résoudre plusieurs problèmes difficiles à la fois :

Ça vous rappelle quelque chose ? Évidemment. Dès qu’il s’agit de retrouver du savoir, le premier chapitre s’appelle gouvernance des données.

La technologie avance vite, les organisations beaucoup plus lentement. Nombre de cabinets se retrouvent coincés entre la promesse de systèmes de connaissance dopés à l’IA et la réalité d’une mise en œuvre laborieuse.

Ce qui marche vraiment

Certains usages donnent déjà des résultats encourageants, même si la grande ambition reste hors de portée :

À la mi-2025, les gains sont plus progressifs que spectaculaires, et la mise en œuvre demande une attention de tous les instants, à mesure qu’évoluent la technologie et les besoins des organisations.

Retour à Amsterdam

Si nous avions disposé à l’époque d’une version même rudimentaire de ces systèmes, les travaux passés sur l’alimentation du saumon seraient peut-être remontés plus vite qu’au détour d’une conversation entre la poire et le fromage. Bon, le « peut-être » porte beaucoup de poids dans cette phrase.

La technologie n’aurait pas décidé à notre place d’accepter la mission. Le jugement, les relations humaines et le flair du marché auraient continué de peser lourd.

Et maintenant ?

La plupart des cabinets cherchent encore comment s’y prendre. La technologie avance vite, les obstacles d’organisation sont bien réels, mais attendre n’est pas une option.

Ceux qui progressent avancent pas à pas : ils choisissent des usages précis, construisent la gouvernance des données en chemin, disent clairement ce qui est possible aujourd’hui et conçoivent leurs systèmes en pensant à ce qui le sera demain.

Dans un métier où le savoir s’accumule sur des décennies, même une mémoire collective imparfaite vaut mieux que les hasards d’une conversation autour d’un verre. La question n’est pas de savoir si votre cabinet finira par y arriver. Elle est de savoir si vous apprenez pendant que la fenêtre est encore ouverte.


Construire le conseil de demain suppose de mieux se souvenir de ce qu’on a appris hier. La technologie avance vite, mais le vrai défi est humain : faire de ce que chacun apprend un avantage pour tous.

Black-and-white photo of two young men laughing at a dinner table, a wine bottle between them

Amsterdam, Revisited

A late flight into Schiphol, rain on the tarmac, a smoked-salmon due diligence hanging in the balance.

Our Research Center had nothing on the category. Private players, thin disclosures, scarce market data. We could decline and protect the relationship with the PE, or accept and put the team through three weeks of guesswork.

That night at a European Principals' gathering, conversation loosened. A colleague mentioned a prior assignment and an unsettling detail about feed practices that had reshaped his view of the sector. That one memory unlocked the angle. I called the Partner. We took the case and we were right to do so.

We hadn't been rescued by process. We'd been rescued by luck, small talk, and a good memory over wine and cheese.

What That Night Revealed

For years, consulting firms have claimed "world-class knowledge" and "best-in-class benchmarks." In practice, knowledge has lived in heads, decks, email, meeting notes, and the memories of people who travel too much. When they leave, whole industries quietly disappear from the firm's mind.

Clients expect databases and internal benchmarks to deliver instant answers. Good consultants deliver judgment, pattern recognition, and the ability to connect messy facts into a coherent path forward. What's been missing so far is an institutional way to compound that judgment across time.

What's Changing in 2025: Gen AI

McKinsey's Lilli reportedly processes 100,000+ documents and gets queried 17 times weekly by 70% of staff. BCG claims 18,000 in-house GPTs extracting insights from past work. The firms investing seriously in Gen AI aren't just using it for productivity. They're attempting to solve the memory problem that has plagued consulting for decades.

But the gap between promise and practice remains significant. Technical challenges abound, and the technology shifts almost daily. Building institutional memory that actually works, rather than just impressive demos, requires solving problems that are far from settled.

The Technical Reality

The vision is compelling: systems that read the firm's actual exhaust—slides, spreadsheets, PDFs, wikis, chats, code repos, research portals, and meeting audio/video—and make it findable with provenance. The execution is messier. Did you say RAG?

Current approaches attempt to blend vector search with keywords, entities, and time, all under project-level permissions. Agentic workflows try to orchestrate multi-step work: collect evidence, reconcile conflicts, extract tables, run math, check claims against sources. In practice, these systems still struggle with accuracy, hallucinations, and the sheer complexity of real consulting knowledge.

The Architecture Challenge

Leading firms are experimenting with what might be called "Memory Architecture"—systems that attempt to store information and actively connect insights across projects and time. The concept involves three layers, though implementation proves challenging:

Layer 1: Continuous Capture

Organized systematic ingestion sounds straightforward until you encounter the reality of consulting data: client conversations mixed with internal strategy, proprietary frameworks alongside public research, outdated models preserved alongside current thinking. Getting the capture right—without creating compliance nightmares—remains an open problem.

Layer 2: Pattern Recognition & Connection

AI agents scanning knowledge bases for connections face the fundamental challenge of context engineering. When a pharmaceutical client faces a regulatory challenge, should the system surface solutions from automotive work? Financial services? The pattern recognition that seems obvious to humans proves surprisingly difficult to automate reliably.

Layer 3: Predictive Intelligence

The aspiration of systems that predict market trends, client needs, and competitive moves remains largely aspirational. The technical challenges of moving from retrieval to genuine prediction are substantial, and the risk of confident-sounding but incorrect predictions is high.

The Implementation Reality

Early adopters are discovering that building effective institutional memory requires solving several hard problems simultaneously:

Sounds familiar? For sure. When it comes about Knowledge retrieval, the first chapter is about Data Governance.

The technology evolves rapidly, but organizational change moves slowly. Many firms find themselves caught between the promise of AI-powered knowledge systems and the reality of implementation challenges.

What's Actually Working

Some practical applications are showing promise, even if the grand vision remains elusive:

As of mid 2025, the wins tend to be incremental rather than transformational, and implementation requires ongoing attention as both technology and organizational needs evolve.

Back to Amsterdam

If we'd had even a basic version of these systems then, the prior work on salmon feed might have surfaced faster than wine-and-cheese conversation. Ok, "might" is doing a lot of work in that sentence.

The decision to take the case wouldn't have been guaranteed by technology. Human judgment, relationship dynamics, and market intuition would still have mattered enormously.

Where This Leaves Us

Most firms are still figuring this out. The technology moves fast, the organizational challenges are real, but waiting isn't an option.

The firms making progress are taking it step by step—picking specific use cases, building data governance as they go, managing expectations about what's possible today and building systems with a view on what will be possible tomorrow.

In an industry where knowledge compounds over decades, even messy attempts at institutional memory beat relying on chance encounters over wine. The question isn't whether your firm will eventually get this right—it's whether you're learning while the window is still open.

publié d’abord sur The Last Consultant →first published on The Last Consultant →

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    A message with the subject in two lines. I am not that busy that I cannot answer swiftly.

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